L’odorat est un sens que l’on néglige souvent, jusqu’au jour où il disparaît. Qu’elle soit brutale ou progressive, totale ou partielle, la perte d’odorat peut bouleverser le quotidien : perte de plaisir à manger, difficulté à détecter un danger (fuite de gaz, aliment avarié, fumée), retentissement psychologique parfois important. Quand on parle de disparition complète, on utilise le terme d’anosmie. Comprendre ses causes et les solutions disponibles est la première étape pour retrouver ce sens essentiel.
Anosmie, hyposmie, parosmie : comment s’y retrouver ?
Avant d’aborder les causes et les traitements, il est utile de distinguer les différents troubles de l’olfaction. Ils n’ont ni la même origine, ni la même prise en charge.
- Anosmie : perte totale de l’odorat, plus aucune odeur n’est perçue.
- Hyposmie : diminution partielle, les odeurs sont perçues mais de façon atténuée ou difficile à identifier.
- Parosmie : distorsion de l’odorat, une odeur habituellement neutre ou agréable (café, parfum, nourriture) est perçue déformée, souvent désagréable.
- Phantosmie : perception d’une odeur qui n’existe pas dans l’environnement (odeur fantôme), plus rare.
Ces troubles peuvent être temporaires, liés à une infection ou une inflammation passagère. Ils peuvent aussi s’installer dans la durée lorsque les nerfs olfactifs sont durablement endommagés.
Pourquoi perd-on aussi le goût ?
Le goût et l’odorat sont deux sens étroitement liés. La langue ne perçoit en réalité que cinq saveurs de base : le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami.
Alors d’où vient toute la richesse des arômes de fraise, de chocolat ou de café ? Elle provient de la voie rétronasale : en mâchant, les molécules aromatiques remontent vers la cavité nasale par l’arrière de la gorge et stimulent les récepteurs olfactifs.
C’est pourquoi une personne anosmique se plaint le plus souvent d’avoir « perdu le goût ». En réalité, sa perception du sucré, du salé ou de l’amer reste intacte : c’est bien l’odorat qui fait défaut, pas les papilles gustatives. On parle d’agueusie apparente.
Quelles sont les principales causes de la perte d’odorat ?
Les causes sont nombreuses et variées. Elles peuvent être temporaires ou durables, mécaniques (obstruction du nez) ou neurologiques (atteinte directe des nerfs olfactifs).
Les infections virales : rhume, grippe et COVID-19
Les infections des voies respiratoires supérieures restent la cause la plus fréquente de perte d’odorat. Le rhume et la grippe provoquent une congestion nasale qui empêche mécaniquement les molécules odorantes d’atteindre les récepteurs. Concrètement, l’odorat revient généralement en quelques jours, dès que l’inflammation disparaît.
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La pandémie de COVID-19 a mis en lumière un mécanisme différent. Le virus SARS-CoV-2 peut directement endommager les cellules de soutien de l’épithélium olfactif, provoquant une anosmie brutale, parfois isolée, sans congestion nasale associée.
Dans la majorité des cas, l’odorat se rétablit en quelques semaines. Mais chez certaines personnes, la perte ou la distorsion olfactive (parosmie) peut persister plusieurs mois, voire davantage.
Les affections ORL chroniques
Les pathologies inflammatoires chroniques du nez et des sinus constituent une autre cause majeure, souvent sous-estimée.
| Pathologie | Mécanisme sur l’odorat |
|---|---|
| Sinusite chronique | Inflammation persistante de la muqueuse nasale qui réduit progressivement la sensibilité olfactive |
| Rhinite allergique | Congestion régulière des fosses nasales, limitant l’accès des odeurs aux récepteurs |
| Polypose naso-sinusienne | Formation de polypes qui obstruent mécaniquement le passage de l’air vers la zone olfactive |
Bonne nouvelle : ces causes ORL sont souvent accessibles à un traitement médical ou chirurgical efficace.
Traumatismes crâniens et lésions nerveuses
Un choc à la tête, même sans fracture visible, peut sectionner ou endommager les filets nerveux olfactifs qui traversent la lame criblée, une fine structure osseuse à la base du crâne.
Ce type de perte d’odorat, dite post-traumatique, survient souvent de façon brutale après l’accident. Elle peut être plus difficile à récupérer qu’une anosmie d’origine infectieuse, car les fibres nerveuses sectionnées ne se régénèrent pas toujours correctement.
Maladies neurologiques et vieillissement naturel
La perte d’odorat peut, dans certains cas, être un signe précoce de maladies neurodégénératives comme Parkinson ou Alzheimer. Elle précède alors parfois de plusieurs années l’apparition des autres symptômes.
Faut-il s’alarmer pour autant ? Non : dans l’immense majorité des cas, une perte d’odorat isolée a une cause bénigne (infection, allergie, obstruction).
Par ailleurs, comme l’audition ou la vue, l’odorat décline naturellement avec l’âge. On parle de presbyosmie. Ce déclin progressif, généralement après 60-65 ans, s’explique par le vieillissement des cellules sensorielles et leur moindre capacité de renouvellement.
Quels traitements médicaux pour soigner la perte d’odorat ?
La prise en charge dépend avant tout de la cause. Un diagnostic précis est donc indispensable avant d’envisager un traitement.
Le bilan chez le médecin ORL
Face à une perte d’odorat qui persiste au-delà de quelques semaines, la consultation d’un ORL est recommandée. L’examen comprend généralement :
- un interrogatoire précis sur les circonstances d’apparition (brutale ou progressive), les antécédents et les traitements en cours
- une nasofibroscopie, examen endoscopique qui visualise l’intérieur des fosses nasales à la recherche de polypes ou d’inflammation
- des tests olfactifs standardisés pour quantifier objectivement le trouble
- parfois, une imagerie (scanner des sinus ou IRM cérébrale) si une cause structurelle ou neurologique est suspectée
Ce bilan permet d’orienter précisément vers le traitement le plus adapté.
Les traitements médicamenteux
Lorsque la perte d’odorat est liée à une inflammation de la muqueuse nasale, plusieurs options existent :
- les corticoïdes en spray nasal, souvent prescrits en première intention en cas de rhinite, sinusite ou polypose
- les corticoïdes par voie orale, sur une courte durée, dans les formes plus sévères
- les antihistaminiques, utiles en cas de rhinite allergique
- les lavages de nez au sérum physiologique, qui aident à décongestionner et à améliorer la pénétration des traitements locaux
Ces traitements doivent toujours être adaptés et suivis par un professionnel de santé, en particulier les corticoïdes.
La chirurgie en cas d’obstruction
Lorsque la perte d’odorat résulte d’une obstruction mécanique persistante (polypes volumineux, déviation importante de la cloison nasale, sinusite résistante), une intervention chirurgicale peut être envisagée.
La plus fréquente est la chirurgie endoscopique des sinus, qui retire les polypes et rouvre les voies de passage de l’air vers la zone olfactive. Cela permet souvent une amélioration significative, même si le résultat dépend de l’ancienneté et de la sévérité de l’atteinte.
La rééducation olfactive : comment réentraîner son odorat ?
Utilisée seule ou en complément d’un traitement médical, la rééducation olfactive est aujourd’hui reconnue comme une approche efficace, en particulier après une anosmie post-infectieuse ou post-COVID.
Le protocole des quatre huiles essentielles
Le principe repose sur une stimulation répétée du système olfactif, dans l’idée de favoriser la régénération des neurones. Le protocole le plus étudié utilise quatre familles olfactives distinctes :
- la rose (odeur florale)
- l’eucalyptus (odeur mentholée)
- le citron (odeur fruitée)
- le clou de girofle (odeur épicée)

En pratique, chaque odeur est sentie pendant environ 20 secondes, matin et soir, en essayant activement de se concentrer sur ses caractéristiques et de se remémorer son souvenir, même si rien n’est perçu au début.
Combien de temps pour retrouver l’odorat ?
La rééducation olfactive s’inscrit dans la durée. Les études montrent des résultats significatifs après un minimum de 3 mois de pratique quotidienne, avec des bénéfices qui peuvent continuer à s’observer jusqu’à 6 mois, voire au-delà.
- Pratiquer les séances de façon rigoureuse, matin et soir, sans interruption.
- Renouveler les huiles essentielles tous les 3 mois environ, en changeant éventuellement de famille d’odeurs.
- Rester patient : les progrès sont souvent discrets, parfois précédés d’un retour transitoire d’odeurs déformées (parosmie).
- Associer, si besoin, ce protocole à d’autres stimulations sensorielles (cuisine, jardinage, sorties en extérieur).
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Quand faut-il consulter un professionnel de santé ?
Une perte d’odorat passagère liée à un simple rhume ne justifie pas de consultation particulière. Mais certaines situations méritent une attention médicale.
Les signes qui doivent alerter
- une perte d’odorat qui persiste au-delà de 2 à 3 semaines, sans amélioration
- une perte d’odorat brutale et isolée, sans rhume ni congestion nasale associée
- une perte d’odorat survenue après un traumatisme crânien
- l’apparition de saignements de nez, de douleurs faciales importantes ou d’une obstruction nasale persistante
- une perte d’odorat associée à d’autres symptômes neurologiques (tremblements, troubles de l’équilibre, troubles de la mémoire)
Un accompagnement possible en cas d’anosmie persistante
Lorsque l’anosmie devient chronique malgré les traitements et la rééducation, un accompagnement pluridisciplinaire peut être proposé : ORL, parfois neurologue, et dans certains cas soutien psychologique.
Pourquoi ce dernier point ? Parce que la perte durable de l’odorat peut avoir un retentissement réel sur le moral, l’appétit et la qualité de vie : perte de plaisir alimentaire, anxiété liée aux risques non détectés comme le gaz ou le feu.
Un dernier point rassurant : même en cas d’anosmie de longue date, une amélioration reste possible. Le système olfactif conserve une capacité de régénération unique parmi les sens, et des progrès sont parfois observés plusieurs années après le début du trouble, en particulier chez les personnes qui poursuivent une rééducation régulière.






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